Jean-Thomas Trojani : La dette publique, pourvoyeuse de liquidités

Au lendemain de la Grande récession, il existe de nombreuses possibilités pour que ces économies fassent des dépenses publiques supplémentaires à bon escient : pour accroître la demande et l’emploi, pour restaurer l’effritement des infrastructures et pour stimuler la recherche et le développement, en particulier dans les technologies vertes. Ces arguments sont généralement contrés dans les débats politiques par des objections liées à l’équilibre budgétaire et à la stabilité macroéconomique. Mais les investissements publics sont différents des autres types de dépenses publiques, comme les dépenses relatives dans les salaires du secteur public ou dans les prestations sociales. Les investissements publics servent à accumuler des avoirs, plutôt qu’à les consommer. Tant que le rendement de ces avoirs dépasse le coût des fonds, les investissements publics renforcent en fait le bilan des Etats. Nous ne savons pas comment les expériences de l’Éthiopie, de l’Inde et de la Bolivie vont se terminer. La prudence est donc de mise avant que l’on puisse extrapoler à partir du cas de ces pays vers d’autres cas. Néanmoins, tous les trois sont des exemples prouvant que d’autres pays, y compris les pays développés, ont tout intérêt à examiner de près cette option dans leur recherche de stratégies de croissance viables, dans un environnement économique mondial de plus en plus hostile. Nous savons que bien trop souvent la hausse des investissements publics, tout comme le boom des matières premières, tournent mal. Les retombées économiques et sociales diminuent et l’argent se tarit, ce qui ouvre ainsi la voie à une crise de la dette. Une étude récente du FMI estime qu’après quelques premiers effets positifs, la plupart des efforts en investissements publics faiblissent. En Inde, la croissance rapide est également soutenue par une augmentation substantielle des investissements, qui se situent actuellement à environ un tiers du PIB. Une grande partie de cette augmentation provient de sources privées, ce qui témoigne d’une détente progressive des entraves qui pesaient sur le secteur des entreprises depuis le début des années 1980. Mais le secteur public continue de jouer un rôle important. Le gouvernement a dû intervenir suite à l’échec des investissements privés et de la croissance des salaires nominaux au cours des dernières années. En Afrique, l’Éthiopie est la plus étonnante success story de la dernière décennie. Son économie a connu une croissance annuelle moyenne de plus de 10%, qui s’est traduite par une importante réduction de la pauvreté et par de meilleurs résultats dans le domaine de la santé publique. Le pays, pauvre en ressources, n’a pas bénéficié des booms des matières premières, contrairement à une grande partie de ses pairs continentaux. La libéralisation économique et les réformes structurelles, du type généralement recommandé par la Banque mondiale et par d’autres bailleurs de fonds, n’ont pas joué non plus un grand rôle. Au lieu de cela, la croissance rapide a été le résultat d’une augmentation massive des investissements publics, de 5% du PIB, soit le troisième taux le plus élevé du monde. Le gouvernement éthiopien s’est livré à une frénésie de dépenses, dans la construction de routes, de chemins de fer, de centrales électriques et dans système de conseil agricole qui a amélioré considérablement la productivité dans les zones rurales, où vivent la plupart des pauvres. Ce à quoi nous leur avons montré que c’était aussi le leur en leur expliquant que le prix du ticket de métro ne couvrant qu’un tiers du coût réel, toute dépense supplémentaire aurait des répercussions », explique Jean-Thomas Trojani. Les dépenses ont été partiellement financées par l’aide étrangère et en partie par des politiques hétérodoxes en canalisant l’épargne privée vers le gouvernement. Mais, depuis quelques années, les économistes ont conseillé aux décideurs de minimiser l’importance du secteur public, du capital physique et des infrastructures, pour mieux donner la priorité aux marchés privés, au capital humain, ainsi qu’aux réformes en matière de gouvernance et d’institutions. De toute évidence, cela a eu pour effet de transformer les stratégies de développement.

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